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Interview




kelsang kontchog
Kelsang Kontchog

Nonne bouddhiste au Centre Dharmachakra
17 rue des jardiniers
57000 METZ

Des enseignements bouddhistes et des méditations sont proposées tous les mercredis soir au Cap Europe Appart’Hôtel à Strasbourg de 20h à 22h.
Kelsang Kontchog, nonne bouddhiste au Centre Dharmachakra de Metz vient spécialement à Strasbourg une fois par semaine pour parler d’un thème précis comme « se libérer du stress et de ses peurs », « sortir de la culpabilité » ou « comment protéger sa paix intérieure », etc…
Des sujets qui nous touchent ou qui nous concernent tous à des degrés différents.

Kontchog, vous êtes nonne bouddhiste. Comment s’appelle la tenue que vous portez ?
Dans l’habillement, il y a plusieurs pièces. Il y a la jupe qu’on appelle le shamtab (qui représente la discipline morale, et nous rappelle les 4 Nobles Vérités enseignées par Bouddha) et le chemisier ou dongka (qui symbolise notre entraînement à vaincre la sensation d'ego). Pendant les enseignements, je porte en plus deux robes. Il y a le tsen, la robe rouge (représentant la concentration) et le chogu, la robe jaune (la sagesse).


Y a-t-il des tenues différentes en fonction de son degré d’éveil ?

Non, dans notre tradition, il n’y a pas plusieurs tenues.


De quelle tradition êtes-vous ?

Je suis de la Nouvelle Tradition Kadampa. Les enseignements se présentent de différentes manières en fonction de l’endroit où ils sont dispensés, les aspirations, les cultures, etc…
La tradition Kadampa est une tradition qui remonte à Bouddha et qui s’est développée en Inde puis au Tibet. Les grands maîtres de cette tradition sont d'abord Atisha, un maître spirituel indien dont le travail a été de synthétiser les 84 000 enseignements de Bouddha en 21 méditations présentées dans l’ordre dans lequel elles doivent être pratiquées (les étapes de la voie ou lamrim).
Puis, un autre grand maître est apparu au Tibet au XIVè siècle, qui a apporté un renouveau important et des clarifications dans les enseignements : Djé Tsongkhapa. A partir de ce maître, on parle de nouveaux kadampas. L'autorité spirituelle actuelle est Guéshé Kelsang Gyatso, un moine tibétain qui est arrivé en Occident en 1977, après avoir passé de très nombreuses années en retraite dans l'Himalaya. Son désir et son travail a été de rendre les enseignements de Bouddha accessibles, simples à comprendre et à mettre en pratique par les personnes du monde d'aujourd'hui, bouddhistes et non bouddhistes.
La spécificité de la tradition Kadampa est de mettre l’accent sur la mise en pratique concrète des conseils de Bouddha au quotidien.


Depuis quand êtes-vous nonne ? Vous pratiquez au Centre bouddhiste Dharmachakra de Metz. Vivez-vous là-bas ?

Je suis nonne depuis juillet 2009.
Oui je vis là-bas. Le centre de Metz est un centre de taille moyenne par rapport aux autres centres de notre tradition en France. En tout, il y a 11 centres (Paris, Lille, Rennes, Nantes, notre centre mère : le Centre de Méditation Kadampa France dans la Sarthe, Montpellier, Toulouse, Lyon, Nice, Marseille et Nouméa).
La tradition s’est d'abord développée au Royaume-Uni. Il y a également des centres aux Etats-Unis, au Canada, Allemagne, Mexique, Brésil, etc…


Comment se déroule une de vos journées au Centre ? Une discipline est-elle imposée ?

Mes journées sont très variables. Je me déplace en Alsace, au Luxembourg. Je me déplace au moins 3 à 4 fois dans la semaine. J’enseigne tous les jours.
Au centre, il y a deux soirées par semaine d’enseignements ouvertes au grand public et une méditation guidée le vendredi midi. Un programme plus approfondi est proposé le samedi pour les personnes qui veulent s’investir un peu plus. Et enfin, un enseignement le dimanche matin également ouvert à tous.

Je commence ma journée par une pratique qui associe la prière et la méditation. Je prends ensuite mon petit déjeuner et je prépare mes enseignements, m'engage dans l'étude des textes, ou j’assiste aux différentes réunions pour la gestion du centre. Je guide également les séances de prières et je dispense les enseignements.

Les centres Kadampa ne sont pas des monastères mais des lieux ouverts au public où les personnes peuvent profiter de la salle de méditation, lire, etc…
Il n’y a pas de discipline imposée au niveau des prières (vient qui veut) mais oui, il y a une discipline à respecter au sein du centre : on n’écoute pas de musique par exemple, il n’y a pas de télévision et Internet dans les chambres pour préserver notre concentration.
Nous sommes végétariens.
En tant que nonne, j'ai également des vœux à respecter, qui m'aident beaucoup dans ma pratique.


Comment êtes-vous devenue nonne ? Quel est votre parcours ?

J’ai rencontré le centre en 2004. J’étais en recherche spirituelle depuis longtemps. J’avais envie de venir en aide et je cherchais quelque chose de sacré. Je ne savais pas vers quoi me tourner, même si je sentais une forte attirance pour le bouddhisme.
Mon père s’intéressait déjà au bouddhisme et quand je suis allée à Metz pour mes études, le centre Dharmachakra se trouvait en face de mon lieu d’études.
J’ai assisté à une première soirée d’enseignements. Cela m’a plu. Je suis revenue plusieurs fois et je me suis inscrite au programme approfondi. L’année d’après, en 2005, je me suis installée au centre, et quand pour la première fois j’ai rencontré une nonne bouddhiste, j’ai su que c’est ce que je voulais faire de ma vie. J’étais encore jeune alors j’ai préféré attendre 5 ans pour être au clair avec mes intentions et j’ai été ordonnée nonne en 2009.


Comment se fait-on ordonner nonne bouddhiste ?

Il faut en parler à notre enseignant pour clarifier notre motivation et on adresse une lettre au directeur spirituel général de la tradition. Ensuite, la cérémonie d’ordination  s’est déroulée au centre mère international Mandjoushri en Angleterre.

Depuis quand existe le Centre Dharmachakra de Metz ? Quelles sont ses activités et ses engagements ?
Le centre Dharmachakra existe depuis 2003. Ses principales activités et engagements sont de faire connaître les enseignements bouddhistes de la nouvelle tradition Kadampa à toutes les personnes qui ont envie de donner une dimension spirituelle à leur vie. Le centre est ouvert aux bouddhistes et aux non bouddhistes.

On parle de plus en  plus de la méditation et ses effets bénéfiques ne sont  plus à prouver. Combien de fois méditez-vous par jour ?
Je médite 2 à 3 fois par jour. Les méditations que je pratique incluent des prières et la pratique peut durer 2 heures.


Arnaud Desjardins disait que « vous n’arrivez pas à méditer une demi-heure par jour ? Méditez cinq mille fois par jour une seconde ». Etes-vous son avis ?

Je pense qu’il faut être sincère avec soi-même et honnête avec le temps qu’on à consacrer à la méditation. Avec les vies qu’on mène, si on dispose de 15 minutes par jour pour méditer, c’est déjà merveilleux.
Parfois, on se surestime et on peut penser que 15 minutes sont insuffisantes mais ce qui compte c’est la constance. Il vaut mieux méditer 15 minutes tous les jours qu’une heure par mois.

Est-ce que tout le monde peut méditer ?
Oui, tout le monde peut méditer. Tout le monde a un potentiel pour le faire car tout le monde fait l’expérience de paix intérieure de temps en temps : cela veut dire qu'un potentiel pour être en paix en permanence est déjà en nous. La méditation nous sert simplement à  le cultiver et le développer, à stabiliser notre paix intérieure, pour qu'à terme elle ne cesse plus.


Faire l’ « expérience de paix intérieure », ça veut dire quoi ?

C’est faire l’expérience d’un esprit calme, paisible, heureux.


Peut-on comparer ou associer la méditation à la prière ? Est-ce un moment de recueillement ? Comment définiriez-vous la méditation ?

Dans le bouddhisme on associe la méditation à la prière car la prière est une préparation à la méditation.
Les prières consistent à réciter des paroles sacrées en les ressentant, pas juste les réciter pour les réciter. Il existe des prières en groupe. Elles sont alors chantées. Quand on prie seul, les prières sont dites dans notre cœur.

La méditation bouddhiste c’est familiariser son esprit avec ce qui rend heureux, c’est  à dire les états d’esprit bénéfiques, le lâcher prise, l’amour, etc…C’est unir notre esprit avec ce qui nous rend heureux.


Quand vous êtes en état de méditation, que ressentez-vous ?

Je ressens du plaisir. Un plaisir qui vient de l’intérieur, un plaisir qui vient de la paix intérieure. On se trouve soi-même en méditation : on découvre notre nature sacrée, la personne que nous sommes vraiment, et c'est une grande joie.


Les enseignements que vous dispensez sur des sujets de la vie quotidienne enseigne le bouddhisme. Le bouddhisme est-ce une religion ou plutôt une philosophie de vie ?

Ca dépend de ce que l’on met derrière les termes. Si derrière philosophie on met que ce sont des conseils pour vivre mieux notre vie et donner une dimension spirituelle à notre vie, alors oui c’est une philosophie.
Mais il y a aussi un aspect religieux puisqu’il y a les prières, des rituels et on essaye de cultiver sa foi.


Il est souvent question du mental et de sa maîtrise. On dit par exemple que c’est notre mental qui nous fait souffrir. Lorsqu’on vit un moment douloureux comme la perte d’un être cher ou une rupture, même si on a une bonne maîtrise de son mental, que fait-on de la douleur physique ressentie ?

Le corps et l’esprit sont liés mais c’est l’esprit qui domine le corps.
Si notre esprit est profondément paisible grâce à sa maîtrise, même si notre corps est malade, la souffrance physique ne nous trouble plus. Donc dans les moments douloureux, c’est plus sur notre esprit qu’il faut se concentrer.


Pendant une de vos méditations avez-vous vécu quelque chose de profond, de merveilleux ?

En méditation, il y a des choses merveilleuses qui se passent. Plus notre concentration s’améliore, plus notre esprit devient subtil. On sent qu’il pénètre les objets de méditation, par exemple l’amour. On sent que notre esprit devient amour.


Je suppose qu’avant d’atteindre l’éveil, il faut des années de pratique ?

Oui, il faut des années de pratique mais cela dépend des personnes.

Quelle est votre hygiène de vie et que faites vous pour votre bien-être ?
J’essaye de manger correctement. Je n’abuse pas du sucre et en étant végétarienne, il est important d’avoir une alimentation équilibrée pour ne pas être carencée. Je vais voir un acupuncteur régulièrement à titre préventif pour équilibrer énergétiquement mon corps.


Quelles sont vos passions ou occupations en dehors de votre vie de nonne ?

Ma vie, c’est la vie d’une nonne.
Ma passion c’est le dharma, les enseignements de Bouddha. J'essaie de mon mieux de ne jamais séparer ma vie de ses enseignements.


Pour conclure, qu’auriez-vous envie de dire à nos lecteurs pour qu’ils soient sereins dans une société encore trop matérialiste et insuffisamment spirituelle ?

Je vais citer Guéshé Kelsang. Il dit souvent dans ses enseignements que le bonheur et la souffrance sont des états d’esprits, donc leur cause ne peut pas se trouver ailleurs que dans l’esprit . C’est merveilleux de pouvoir profiter de notre vie humaine pour essayer d’accéder à ce bonheur qui réside dans nos cœurs. Même si nous rencontrons de nombreux problèmes au quotidien et avons parfois l'impression de ne pas pouvoir changer, nous devrions ne pas nous décourager. De nombreuses personnes ont réalisé pleinement leur potentiel spirituel par le passé, et d'autres le font encore aujourd'hui. Cela demande certes de mettre de l'énergie, mais le jeu en vaut la chandelle. Qu'est-ce qui pourrait avoir plus de sens que d'essayer d'atteindre la paix intérieure éternelle et d'aider les autres à faire de même ? Notre vie peut avoir tellement de sens.


Interview réalisée par Isabelle Marquis (Avril 2012)