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Interview

Interview Emmanuel THIBAULT,
Formateur en Seitai


Vous pratiquez, le Seitaï; de quoi s'agit-il exactement ?

Le Seitaï est une pratique éducative; il s'agit d'une auto-éducation psychocorporelle basée sur l'observation directe de la façon dont s'exprime la Nature en soi et autour de soi.


D'où est-ce que ça vient ? Comment ça a été fondé ?

Le Seitaï est d'origine japonaise, mais c'est au fond assez anecdotique. Puisqu'il s'intéresse à des notions universelles, sa pratique s'adresse à tout le monde, sans considération d'origine culturelle, d'orientation philosophique ou religieuse. Pour s'intéresser à la vie, l'important c'est d'être vivant.

En japonais, comme bien d'autres mots, le mot "Seitaï" ne s'utilise pas seul; en soi, il ne voudrait pas dire grand-chose. Sa signification précise est "corps unifié", "coordination de l'être", mais dans le langage courant, cela veut souvent dire quelque chose comme "bien-être", sans plus de précisions. Dans notre approche, nous parlons de l'école Seitaï fondée par Haruchika Noguchi Sensei (1911-1976). Noguchi Sensei a été connu dès son enfance pour ses dons extraordinaires de thaumaturge. Plutôt que de s'en tenir à soigner les autres, il fonda rapidement une école de formation de thérapeutes extrêmement performants qui fut connue dans tout le Japon avant la seconde guerre mondiale. Puis, approfondissant son expérience de la santé, il effectua un revirement complet, cessa d'enseigner à guérir et créa une nouvelle école, qu'il nomma Noguchi Seitaï, exclusivement orientée vers l'éducation où l'on enseigne comment cultiver la vie en soi-même. Même les techniciens professionnels du Seitaï ne sont pas des thérapeutes, contrairement à ce que l'on croit encore souvent; leurs intervention ne sert qu'à éveiller chez le consultant sa propre capacité à vivre pleinement. Ce que nous enseignons ici, en Europe, c'est à réapprendre à observer, puis à optimiser la façon dont la vie s'exprime naturellement en soi. C'est uniquement en respectant cela que l'on peut commencer à parler de santé; sinon, ce n'est pas la peine d'y penser. L'idée peut paraître simpliste et pourtant, lorsque l'on commence à l'appliquer dans les faits, il s'agit d'un profond bouleversement de notre façon d'aborder l'existence.

Quels sont les bienfaits du Seitaï ?

On vient au Seitaï quand on commence à ressentir qu'on a besoin d'une pratique simple et pragmatique pour se reconnecter avec la vie en soi. Les "exercices" (je mets volontairement ce mot entre guillemets) du Seitaï sont extrêmement simples, malgré leur précision et la profondeur de leurs effets. Ils sont à la portée de tout le monde. Il n'y a pas grand chose à apprendre, au fond, si ce n'est cette qualité d'attention extrêmement transparente, honnête et généreuse que l'on porte sur ce que représente le fait d'être vivant. Combien de temps consacrez-vous aujourd'hui à observer et apprécier d'être en vie ? Est-ce que vous ne considérez pas plutôt cela comme un acquis, "je suis né; eh bien, me voilà vivant, la belle affaire ! Il faut bien que j'en fasse quelque chose maintenant". En réalité, la vie ne fonctionne pas comme ça : elle répond dans l'exacte mesure à l'attention qu'on lui porte. C'est cela, le secret de la santé ˗ si tant est qu'il existe un secret.

On peut donc dire que la pratique du Seitaï enseigne à respecter la vie et, en réponse, permet à la vie de nous rendre ce respect qu'on lui porte.


Quels sont les aspects positifs et qui font du bien lorsque l'on pratique le Seitaï ?

Le premier effet que l'on ressent lorsque l'on commence à pratiquer, c'est une détente profonde. Je veux dire "en profondeur", et pas une relaxation superficielle qui met le stress habituel entre parenthèses pendant la durée de la séance. Les tissus, l'organisme commencent à se détendre. Enfin. C'est un peu comme après un de ces sommeils particulièrement profonds et rares dont on s'éveille avec le sentiment d'être régénéré.

En conséquence de cette détente profonde ˗ et cela prend en général un peu plus de temps ˗ l'organisme commence progressivement à réajuster sa sensibilité. On ressent les sollicitations, l'environnement, la vie avec davantage de justesse, sans cet espèce de filtre permanent que nous imposent les habitudes et le stress de la vie quotidienne, deux choses qui peuvent être considérées comme des formes de fatigue organique. Ce n'est qu'ensuite que le corps et l'esprit ˗ au Seitaï, nous considérons qu'il s'agit d'une seule et même chose ˗ commencent à fonctionner d'une manière coordonnée et que la vie reprend une saveur plus naturelle. C'est alors que l'on peut parler de se sentir "en bonne santé", chacun à sa manière.


Comment apprend-on à pratiquer le Seitaï ?

C'est une excellente question, à laquelle il est difficile de répondre. Je vais essayer de le faire. Comment apprendre quelque chose qui n'est pas une technique, quelque chose qui se base sur la sensibilité individuelle, quelque chose d'aussi personnel et d'aussi intime ? Comment apprendre à être spontané ? L'injonction est paradoxale. Et pourtant, c'est ce que nous faisons, et c'est ce que j'essaie de transmettre depuis de nombreuses années, car cela me paraît central dans une existence de qualité.

Ce qu'il s'agit d'apprendre, en réalité, c'est à cultiver un sens de l'observation très particulier, que l'on porte sur la vie à l'intérieur de soi. Il s'agit de "polir l'attention", un peu comme l'on nettoie un miroir, comme on polit une gemme ou comme on pratique la méditation. Mais, au Seitaï, on se sert pour cela comme support d'un objet très concret, que nous connaissons tous : notre propre corps, et notamment de la respiration dans ce corps vivant. La chose devient ainsi extrêmement facile et plaisante. Il n'y a rien à "apprendre" au sens intellectuel du terme; il s'agit plutôt d'améliorer sa capacité d'attention, et de focalisation de l'attention, en apprenant progressivement à en faire le moins possible. On privilégie l'observation par rapport à l'action. Vous retrouvez là une attitude familière au taoïsme. Et vous serez très surpris de constater tout ce qui peut se passer dans cet organisme vivant, que vous êtes, lorsque vous vous contentez d'observer comment il vit, comment vous êtes en vie, et comment la vie est en vous. Bien entendu, il existe des gestes techniques qui permettent de stimuler et d'améliorer cette capacité naturelle d'attention et de détente profonde. Ce sont ces gestes que l'on apprend au début. Mais ensuite, il s'agit d'une pratique de "non-faire", comme le décrivait M. Tsuda (voir ses ouvrages "L'Ecole de la respiration" (9 vol.) parus au Courrier du Livre). La vie n'a pas besoin de notre intervention pour exister; par contre, nous avons besoin d'être conscients d'elle pour apprécier l'existence. Sinon, tout devient pénible, tout devient souffrance, comme disent les bouddhistes...


Pouvez-vous citer certaines règles ou principes du Seitaï ?

Bien sûr : respect, considération, intégrité, honnêteté, etc. Tout cela commence à s'appliquer dans le regard que l'on porte sur la vie. C'est le premier pas. A partir de là ˗ et à partir de là seulement ˗ ces qualités peuvent s'appliquer à soi-même et aux autres, et à l'environnement en général.


Vous avez dû voir beaucoup de gens pratiquer; qu'est ce que vous avez pu remarquer comme "guérison" physique ou psychologique, ou très grandes transformations ?

Ah oui, la guérison... c'est un sujet qui tient beaucoup à cœur aux gens aujourd'hui. Mais, comme je l'ai expliqué au début ˗ ce n'est pas moi, c'est le fondateur Noguchi qui l'affirme ˗, le Seitaï ne s'intéresse pas à la guérison. Au fond, pourquoi guérir, puisque nous allons tous mourir à la fin ? C'est un peu cru d'exprimer les choses ainsi, car cela heurte nos bons sentiments, notre égoïsme et la vision judéo-chrétienne qu'on nous a inculquée de la compassion, mais, dans la culture japonaise, on aime bien choquer pour secouer un peu le cocotier de nos certitudes. Relisez les auteurs zen, vous verrez. Et Noguchi Sensei n'était certes pas le dernier à utiliser cette approche dans son enseignement. A un journaliste inquiet de guérison, il a même répondu que le Seitaï ne sert pas à apprendre à guérir, mais à apprendre à bien mourir. Que voulait-il dire par là ? Mettre une fin à nos problèmes de santé, de psychologie, etc., bien sûr que c'est important, mais cela n'a qu'un temps. Chaque problème, après l'accalmie, est suivi d'un autre. La vie humaine est ainsi faite. Ce n'est pas un long fleuve tranquille. Par conséquent, le Seitaï ne cherche ni à soigner, ni à guérir, mais plutôt à restituer à chacun sa capacité et vivre pleinement. C'est ce que Noguchi Sensei appelle le "zenseï", la vie intégrale.

Il est donc effectivement plus juste de parler de transformations ou d'épanouissement dans le parcours personnel des participants assidus. Si amélioration il y a sur le plan de la santé, elle est évidemment très bienvenue, mais cela doit être considéré comme une sorte d'effet collatéral d'un processus plus profond, qui est une implication plus juste dans l'existence en tant qu'être humain. Evidemment, il y a énormément de beaux exemples de ce genre. Il n'y a rien de plus gratifiant que de voir quelqu'un devenir lui-même et s'épanouir. C'est comme les parents voyant grandir leurs enfants en toute liberté. Il n'y a pas de petit épanouissement ˗ même s'il y en a parfois de très grands.

Le Seitaï ˗ je devrais dire "la vie" ˗ c'est un peu l'auberge espagnole du proverbe : on y trouve ce que l'on y apporte. Si l'on remet en question sa façon d'être, dans la perspective de l'améliorer, évidemment, on en vient progressivement à vivre avec toujours plus d'intensité et de générosité. De nos jours, on oublie souvent que le premier champ d'application de ce mot, c'est soi-même et c'est la vie qui nous anime : apprenons à vivre sans retenue, sans avarice de soi, pour que la vie puisse, elle aussi, s'exprimer pleinement en nous. La plénitude ne se goûte pas du bout des lèvres. Vivre est un risque à prendre... un bien petit risque, puisqu'au bout du compte, l'issue est identique pour ceux qui auront osé l'intensité et pour ceux qui seront restés sur leur quant à soi. Mais la qualité de l'existence, elle, sera très différente. J'aime voir les gens vivre leur vie pleinement. C'est comme de regarder un visage souriant : ça fait du bien à l'âme. Si la pratique du Seitaï peut y contribuer, c'est encore mieux.


Combien y a t il de pratiquants en France ? Pourquoi est-ce si peu connu ?

J'ignore le nombre de pratiquants en Europe, car nous ne sommes pas les seuls à retransmettre les pratiques proposées par Noguchi Sensei, puis enseignées en Europe par M. Itsuo Tsuda et quelques autres. Chez nous, nous sommes quelques centaines de pratiquants, ce qui est effectivement assez peu. Nous préférons ne pas faire trop de publicité tapageuse pour éviter les amalgames, les récupérations et autres interprétations qui altèrent irrémédiablement une pratique, quelle qu'elle soit. C'est le cas pour toutes les méthodes, et le Seitaï ne fait pas exception. Simplement, nous préférons ne pas contribuer à cette perte de sens en galvaudant l'enseignement que nous avons reçu et, donc, pour préserver la qualité de cet enseignement et de l'esprit qui le sous-tend, nous enseignons dans des groupes modestes.

Outre le peu de publicité diffusée, n'oubliez pas qu'il s'agit d'une approche très différente des autres méthodes courantes dans ce milieu. Il s'agit d'une approche auto-éducative, auto-responsabilisante, et pas d'une thérapie. Nous ne vendons de solutions à personne, nous n'affirmons pas : "je vais vous guérir", ni même "faites ceci et vous irez mieux". On vient au Seitaï pour apprendre à apprécier la vie telle qu'elle s'exprime en soi-même, voilà tout. On trouve beaucoup moins de gens intéressés et prêts à s'impliquer dans une voie où l'on est seul responsable de son devenir que dans celles qui proposent des miracles.


Y a t il des contre-indications pour cette pratique ?

Oui; sur un plan technique, c'est une pratique qui s'adresse aux gens en relativement bonne santé. Si l'on suit un traitement impliquant une médication très lourde, par exemple des neuroleptiques, ou si l'on consomme des psychotropes, il vaut mieux l'éviter ou remettre cela à plus tard. Mais, au Seitaï, on ne fait pas de généralités; chaque personne est un cas particulier. Certains de nos pratiquants ont suivi des chimiothérapies de types divers, et cela ne perturbe pas leur pratique. Ce qui est déterminant, c'est le désir sincère de s'intéresser à la vie en soi. Le reste suit, à son rythme. Il n'existe jamais d'obligation de résultat quand on parle de qualité de vie.


Quel est le rythme idéal pour pratiquer ?

Y a-t-il un rythme idéal pour vivre ? Tout le temps, évidemment. Cela dit, et surtout au début, ce n'est pas possible d'être en permanence attentif à la vie profonde en soi. C'est pourquoi nous parlons d'éducation et non de méthode. Le mieux, c'est de commencer par un stage d'initiation, par exemple un weekend, comme celui que nous organisons cet automne à Strasbourg, puis, une fois que l'on a appris les mouvements de base, de pratiquer le Katsugen Undo et le Yuki en groupe une fois par semaine. La présence du groupe est un excellent stimulant et un bon régulateur. Petit à petit, on se met à pratiquer pour soi-même, chez soi, et cela devient régulier. Le Katsugen Undo et le Yuki ne sont pas des techniques que l'on apprend; ce sont des fonctions naturelles de la vie humaine, que Noguchi Sensei, parmi d'autres, a su mettre en évidence et qu'il a légèrement codifiées pour qu'elles soient plus faciles à pratiquer. Il est donc simple et agréable d'y consacrer un peu de temps chaque jour.


Quel est l'intérêt de suivre des stages de plusieurs jours ?

Nous avons brièvement parlé de l'importance vitale de la spontanéité. Techniquement, il est extrêmement difficile de laisser le corps s'exprimer spontanément. Par conséquent, même si les gestes de base sont très simples à apprendre, un peu de temps et d'ajustement est nécessaire pour que les débutants apprennent à se plonger dans l'état d'esprit adéquat et qu'ils récupèrent la sensibilité nécessaire pour faire la différence entre ce qu'est un mouvement spontané et ce qui ne l'est pas. Un weekend entier est une bonne durée pour y parvenir. C'est un processus très rapide pour certains et un peu plus lent pour d'autres. Mais la durée avant que le corps n'exprime des mouvements spontanés apparents n'a aucune importance; ce qui est important, c'est d'enclencher le processus de détente profonde et d'amélioration de l'attention. C'est cela qui est déterminant.


Combien de temps faut-il pour commencer à intégrer cette pratique ?

Chaque individu a son rythme, son terrain et sa façon de vivre. La durée n'est pas une donnée pertinente pour parler de l'efficacité du Seitaï. L'être ˗ et en particulier le corps ˗ est en perpétuelle évolution, ne serait-ce que parce que nous avançons tous en âge. Il n'y a donc pas de moment où l'on puisse dire "ça y est, j'ai atteint l'objectif". Par contre, on remarque très rapidement des progrès et des différences dans notre rapport à l'existence, lorsque l'on pratique avec sincérité.


Peut-on pratiquer le Seitaï seul ou à plusieurs ?

Les deux façons sont possibles. Certaines pratiques réclament un partenaire, d'autre pas. L'essentiel reste dans tous les cas l'affinage de l'attention portée sur la vie qui s'exprime à travers soi, de sa relation avec ce qui est universel, mais que l'on peut ressentir clairement dans son propre corps. C'est parfois plus facile, ou plus agréable, de s'y consacrer seul, parfois davantage lorsqu'on est en contact avec une personne de confiance.


Combien y a t il de groupes de Seitaï en France ?

Comme je l'ai dit, j'ignore le nombre total de groupes de pratique, car l'activité n'est pas centralisée par une fédération, sauf au Japon, où l'école fondée par Noguchi Sensei a reçu le parrainage du ministère de l'éducation. Même là-bas, tous les pratiquants n'y sont pas affiliés. Il n'est pas besoin d'administration pour apprécier le fait d'être vivant. Les voies commencent à mourir dès lors qu'on cherche à les figer dans une structure administrative. Dans notre mouvance, il existe des groupes de pratique dans plusieurs grandes villes de France, comme Paris, Lyon, Bayonne, etc., et d'Europe, où l'on se réunit entre personnes intéressées à partager cette démarche. Il ne s'agit cependant pas de cours à proprement parler. Des stages de weekend ou d'une semaine sont régulièrement organisés pour approfondir la pratique. Le Seitaï est avant tout une expérience individuelle impliquant une certaine orientation de sa propre vie. Etant par nature un être de communication, l'être humain s'épanouit dans le partage de ce qu'il vit intimement. Par conséquent, la pratique en groupe apporte beaucoup sur ce chemin.


Quel lien y a-t-il entre les arts martiaux et le Seitaï ?

A priori, il n'en existe aucun. Si l'on associe souvent les deux, c'est d'une part parce que M. Tsuda enseignait à la fois le Katsugen Undo et l'Aïkido lorsqu'il s'installa en Europe, et d'autre part parce que l'on mélange facilement toutes ces approches japonaises impliquant le Ki, lorsqu'on les connaît mal. M. Tsuda a eu en effet l'immense privilège d'apprendre trois voies essentielles auprès de maîtres exceptionnels, dont deux, l'Aïkido et le Seitaï, avec leurs fondateurs. Certains de ses élèves en ont donc profité pour s'initier aux deux dans son dôjo, ce qui est bien compréhensible. Nous n'enseignons pas l'Aïkido ˗ dont la qualification de "martiale" mériterait à elle seule une rectification qui n'a pas sa place ici. Certaines notions liées à la culture japonaise et aux pratiques impliquant le Ki sont, par contre, communes aux deux voies, comme d'ailleurs à bien d'autres pratiques traditionnelles, pas seulement japonaises, et nous y faisons parfois référence pour préciser notre propos.

Combien y a t il de stages proposés chaque année ?

Tout dépend de la demande et de la disponibilité des enseignants. Une bonne vingtaine en tout cas, en ce qui nous concerne.


Qu'est ce qui s'est passé de plus extraordinaire pour vous avec cette pratique ?

Hmmm... Qu'est-ce que ça veut dire au juste, "extraordinaire" ? Ce qui est extraordinaire, n'est-ce pas ce qui se produit dans l'instant ˗ et que l'intensité et la nouveauté du ressenti rendent unique ? Mais alors, du moment qu'on se trouve en train de le vivre, qu'y a-t-il de plus ordinaire ? Ce qui me paraît le plus extraordinaire, c'est cela : combien ce qui était ordinaire ˗ comme être vivant, respirer, bouger, travailler, partager, etc. ˗ est devenu extraordinaire. Chaque ressenti est inattendu, unique et tellement riche d'enseignements ! Attention, ne plongeons pas dans l'angélisme non plus; cette intensité des sensations ne se limite pas au registre agréable. Les choses désagréables sont également plus intenses, et ce n'est pas facile pour vivre tous les jours, je vous le garantis. Mais cet accueil que l'on a appris à réserver à l'instant présent permet de négocier les difficultés, de réagir aux stimuli, d'éviter de nombreux errements, et surtout d'apprécier pleinement la vie qui s'exprime naturellement en soi et à travers soi. En d'autres mots, ce qui est extraordinaire, c'est que l'extraordinaire soit devenu normal et le normal extraordinaire.


Comment êtes-vous devenu formateur en Seitaï ?

J'ai appris la pratique du Seitaï auprès de Jean Benayoun, un élève de M. Tsuda et d'Okajima Sensei. Il n'existe pas de formation de formateur en Seitaï en Europe. Le Seitaï, je le répète, n'est pas une méthode; c'est une voie éducative que l'on pratique pour soi-même. Au bout d'un certain temps, il peut paraître juste de partager cette expérience, tout en restant bien conscient que ce que l'on enseigne, c'est ce que l'on est, et pas ce que l'on sait. Par conséquent, avant de se lancer sur ce chemin, il est très important d'avoir une perception claire de ce que l'on est.

Au Japon ˗ où existent des formations officielles ˗ celles-ci sont très longues et très ardues. Il s'agit d'un enseignement traditionnel en interne, à plein temps, qui dure de très nombreuses années. Je ne dis pas cela pour paraître ésotérique, ni mystérieux. Si vous en avez l'envie, allez-y ! Simplement, il faut bien comprendre qu'il n'existe pas de diplôme de compétences de vie. On ne vient pas à la pratique du Seitaï pour obtenir en quelques stages un certificat de praticien; cela n'existe pas. A un certain point, on se sent prêt à partager ce que l'on est, comme une mère se sent prête à se lancer dans l'aventure de l'enfantement... Et, tout comme elle, ce n'est alors que le début d'une autre étape d'apprentissage et, la plupart du temps, on se rend vite compte qu'on ne savait pas grand chose quand on s'est engagé, mais que la vie met à notre disposition ce qui est nécessaire pour réussir... si l'on est suffisamment attentif pour observer. Ma formation a commencé par l'éducation que j'ai reçue durant mon enfance, puis elle a continué par les difficultés que j'ai rencontrées et surmontées dans la pratique de plusieurs arts martiaux et disciplines spirituelles. Lorsque j'ai rencontré le Seitaï avec Jean Benayoun, il y a bientôt 25 ans, mon premier sentiment a été que j'avais enfin trouvé une pratique qui mettait en œuvre de manière simple, directe et accessible tout ce que j'avais appris auparavant. Depuis, j'ai cherché à approfondir cette expérience.


Quels sont les termes utilisés en Seitaï et que signifient ils en français ?

Il existe de nombreux termes spécifiques au Seitaï, dont la plupart décrivent un état significatif du corps, des tissus, de la psyché ou du Ki dans l'organisme. Ces expressions ou métaphores utilisées dans ce sens particulier, ou inventées, par Noguchi Sensei ne sont pour la plupart pas même employées en japonais usuel. C'est pourquoi il nous arrive de les utiliser telles quelles, faute de mieux. Leur traduction en français, trop littérale, ferait perdre une part importante de la perception de ce qu'elle décrivent. L'expression "Katsugen Undo", par exemple, qui peut se traduire littéralement par "le mouvement de la force originelle de la vie", est difficile à manier et peu précise en français, alors qu'elle désigne un type de mouvement extrêmement spécifique dans le contexte du Seitaï. M. Tsuda l'avait traduite dans les années 70 par "mouvement régénérateur" pour éviter le miroir aux alouettes de l'orientalisme exotique; cette traduction ne veut toutefois pas dire grand chose pour le profane. Tout autant, "Katsugen Undo" n'a de sens précis en japonais que pour les pratiquants de Seitaï; les autres Japonais ne voient là qu'une figure poétique.

Pour citer quelques exemples, on peut évidemment citer le mot "Ki", dont les définitions orientales passent souvent par ce que cela n'est pas. Dans le livre que je suis en train d'écrire, j'ai choisi de l'illustrer par un conte zen, tant la question est délicate. On connait également certains termes que l'on retrouve dans le domaine de la spiritualité, comme Tenshin, ou Mushin; et d'autres qui sont fréquemment employés dans les arts martiaux, comme Ma, Ma-Aï, ainsi que tous le vocabulaire anatomique et physiologique. Mais qu'importe aux amateurs; ils ne viennent pas prendre des cours de japonais. Si nous les utilisons parfois, c'est que ces mots désignent clairement certaines notions dont la connaissance profite à l'amélioration de la perception des pratiquants. En Occident, dès qu'une chose n'est pas nommée, cela cause plus d'insécurité que si on lui attribue un nom abscons; ma foi, c'est un artifice qui ne coûte guère pour apaiser les esprits.

 

Des cessions de pratique de SEITAI se déroulent à strasbourg les vendredis en fin de journée
Pour en savoir plus, vous pouvez contacter Nathalie LANDY au 06 07 50 12 34

 

Interview Jean-Edern HERRMANN (Juillet 2014)